Ces dernières années, on a beaucoup entendu parler de burn-out, parfois de bore-out et, plus récemment de brown-out. Sans entrer dans les dimensions médicales et juridiques de ces syndromes et de leurs conséquences, il nous semble intéressant de rappeler ce qu’ils sont, pour contribuer à la connaissance de tous et participer ainsi à la prévention et à l’accompagnement des personnes en souffrance au travail.

Tout d’abord, de quoi parle-t-on ?

Burn-out, bore-out et brown-out sont trois maladies non reconnues, en lien avec le travail, qui génèrent une souffrance à la fois psychique et physique. De nombreuses études sont en cours pour mieux les définir, mieux les diagnostiquer, mieux les soigner et mieux les accompagner.

Le sujet est complexe car les manifestations de ces syndromes sont proches d’autres troubles psychiques et maladies. De plus, elles sont propres à chaque personne, il ne suffit pas de « cocher » quelques cases pour répondre de l’un ou de l’autre. Par ailleurs, il est fréquent que plusieurs troubles se manifestent en parallèle, troubles anxieux fréquemment, mais aussi troubles digestifs, du sommeil et de l’humeur pour ne citer qu’eux. Le déni de certains patients quant à leur état de santé concourt aussi à la complexité du repérage des symptômes.

Vous l’aurez compris, poser un diagnostic peut être long, mais cela s’avère nécessaire pour adapter la prise en charge.

C’est pourquoi en cas de doute, la première chose à faire est de consulter son médecin (généraliste, du travail ou psychiatre). Un arrêt de travail est souvent prescrit pour sortir la personne de son environnement professionnel. Il s’agit aussi d’un temps de « repos » qui est indispensable et qui, même s’il est difficile à vivre pour la plupart, constitue la première étape de prise de recul.

A quoi ressemblent ces syndromes ? 

Burn out

Le burn-out est la pathologie la plus connue parmi les trois.

L’OMS a étoffé sa définition (dans la CIM-11) comme « un syndrome (…) résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été correctement géré ». Il fait suite à un épuisement professionnel de par une charge de travail conséquente.

« Burn-out » (1974, Herbert Freudenberger) : est un syndrome d’épuisement professionnel par la surcharge de travail, par le manque de ressources pour pallier le stress inhérent et par un déséquilibre avéré entre plusieurs notions à concilier (travail vs famille, récompense vs engagement, latitude de décision vs volume de travail).

Ce syndrome déclenche un stress chronique qui renforce la vulnérabilité de la personne qui ne trouve plus de juste milieu entre les efforts fournis et le peu de reconnaissance obtenue en retour. Elle fait aussi face à un faible soutien social.

L’ensemble accentue le sentiment de culpabilité déjà très présent chez ses personnes qui s’estiment être en tort, en ne parvenant pas à remplir leur mission et/ou à satisfaire leur hiérarchie. Elles redoublent alors d’effort sans remettre en cause leur environnement professionnel et s’appliquent à toujours mieux faire. L’estime de soi diminue rapidement et il est fréquent de voir les victimes de burn-out tomber dans la dépression.

Bore-out

Le bore-out est parfois vu comme l’inverse du burn-out, puisqu’il concerne une sous-charge de travail. Il fait suite à un épuisement professionnel par l’ennui ou le manque de travail, l’absence de défi à relever, d’objectifs à atteindre… Le manque de stimulation intellectuelle dévalorise et – paradoxe – stresse.

« Bore-out » (2007, Philippe Rothlin et Peter Werder) : est un syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui, par le manque de tâches (signifiantes, utiles, stimulantes) à accomplir, par le cantonnement à des tâches répétitives pour lequel le salarié est surqualifié et par une forme de « placardisation ».

Il est effectivement fréquent d’entendre les personnes qui en ont été victimes utiliser l’expression « être mis au placard » ; cette image reflète justement leur sentiment d’isolement et d’inutilité, qui peut les conduire, au-delà de la frustration générée, à un état dépressif potentiellement lourd de conséquences.

Rappelons que le contrat de travail est fondé sur un principe selon lequel l’employeur doit fournir un travail au salarié, et en contrepartie, celui-ci obtient une rémunération sous forme de salaire. Fournir un travail est donc bien une obligation contractuelle à la charge de l’employeur, il ne lui suffit pas de payer un salaire, sans quoi il y a un manquement grave (cf. les jurisprudences à ce sujet).

Brown-out

Le brown-out se traduit de l’anglais par “coupure d’électricité”. Il est toujours question d’un épuisement professionnel, mais son origine est cette-fois ci à rechercher dans le sens que la personne trouve dans ses tâches. Consacrer l’essentiel de son temps et de ses efforts à réaliser des tâches absurdes, inutiles ou non imbriquées dans des tâches porteuses de sens, conduit à une profonde lassitude et à un décalage progressif avec ses valeurs.

« Brown-out » (2013, David Graber) : est un syndrome d’épuisement professionnel par le manque de sens voire l’absurdité des missions/tâches accomplies, par un conflit entre les tâches réalisées et les valeurs profondes que l’on porte et par l’incapacité d’exprimer son potentiel.

L’anthropologue américain David Graeber dénonçait déjà en 2013 la propagation des “bullshit jobs“, qui se caractérisent par des tâches aussi chronophages que perçues comme inutiles.

Ne pas pouvoir mobiliser ses compétences ou ses connaissances, ne pas pouvoir déployer tout son potentiel, ne pas avoir à utiliser sa tête et, par voie de conséquence, ne pas être considéré à sa juste valeur ou encore devoir agir en opposition avec son éthique personnelle, sont autant de propos que tiennent fréquemment les victimes de brown-out.

Il est alors aisé de comprendre l’émergence d’une frustration, d’un sentiment d’injustice, d’un non-sens qui impactent et affaiblissent l’état psychique de la personne et dégradent son investissement professionnel.

Les conséquences

Les conséquences sont nombreuses et, comme évoqué précédemment, elles sont propres à chacun. Toutefois, il en résulte systématiquement des impacts sur la santé, plus ou moins présents et marqués, mais communs aux trois syndromes, qui peuvent être d’ordre :

  • Émotionnel : anxiété, hypersensibilité, absence d’émotion, tristesse…
  • Cognitif : troubles de la concentration, difficultés à mémoriser, inattention…
  • Comportemental : isolement, agressivité, manque d’empathie, addictions…
  • Physique : sommeil, répercussions gastro-intestinales, troubles musculosquelettiques, affaiblissement du système immunitaire…

Les trois syndromes font suite à un épuisement professionnel qui se traduit souvent par un sentiment d’inutilité, d’incompétence, d’infériorité, de honte, d’incompréhension… qui génère une perte de motivation, d’envie, une perte d’énergie (apathie), un isolement… qui conduisent à une détresse psychologique.

Il est essentiel d’être conscient que ces trois syndromes sont graves et méritent l’attention de tous, sur soi et sur son entourage, car tout le monde peut être touché. Changer certaines de nos représentations peut y contribuer :

  • Non, se sentir submergé ou dépassé par une forte charge de travail ne reflète pas un manque de compétence ou un manque d’organisation…
  • Non, être payé à ne rien faire n’est pas une situation de rêve ni un privilège…
  • Non, passer ses journées sur des tâches absurdes n’est pas le problème du patron…
  • Non, il ne faut pas tenir coûte que coûte, serrer les dents ou attendre que ça passe…

S’accorder et accorder une écoute attentive et bienveillante peut permettre à chacun de déceler au plus tôt les signes avant-coureurs et de solliciter au plus tôt un accompagnement personnalisé.

Nous méritons tous d’être respectés, d’agir au regard des valeurs qui nous sont propres, de nous épanouir.

Notre rôle

En tant que Conseillers en bilan & Coachs professionnels, notre rôle est d’accompagner la personne :

  • Avant que le syndrome ne se déclare complètement, lors des prémices ou, dit plus simplement, avant que son corps « craque » sous l’épuisement
  • Après une phase de soin et de récupération, lorsqu’elle a retrouvé suffisamment de ressources pour se projeter et construire un projet post burn/bore/brown-out.

Notre intervention s’entend en complément de celle de l’équipe médicale déjà sollicitée.

Dans les trois cas de figure, la personne est en souffrance et peut mettre en place des actions visant à en sortir, avec l’aide de son Conseiller Coach ; dès lors que la prise de conscience de son état a été faite.

Permettre à nos bénéficiaires d’avancer, en toute autonomie, dans la construction d’un projet qui leur est propre est de notre responsabilité, via la proposition d’outils de connaissance de soi et de projection professionnelle vers un futur qui a du sens, avec toujours en tête notre leitmotiv :

TROUVER SA PLACE, TOUTE SA PLACE, SA JUSTE PLACE.